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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 09:59
snowpiercer-affiche.jpg
 
Les grosses surprises peuvent souvent venir des petites choses. « Snowpiercer » en est l'exemple incarné. Le pitch est aussi semblable que celui des blockbusters comme « Elysium » ou « Upside Down »: Nous sommes en 2031. Après une bavure scientifique, la Terre subit une nouvelle ère glaciaire. Les derniers survivants ont pris place à bord du Snowpiercer, un train gigantesque condamné à tourner autour de la Terre sans jamais s’arrêter. Dans ce nouvelle arche de Noé 2.0, s’est recréée une hiérarchie des classes: les pauvres à l'arrière du train et les riches à l'avant. La chose devient tellement frustrante qu'une poignée d’hommes décide de lutter contre ce régime.
A croire que la lutte des classes soit (re)devenue un thème cher au cinéma actuel. Face au très attendu « Elysium », Snowpiercer eu peu d'échos. Et c'est bien dommage. Alors que Neill Blomkamp ait apaisé son discours face aux demandes du studio et se soit arrêté à mi-chemin dans ses idéaux, préférant l'action bourrin à la satire politique. Bong Joon-Ho ne regrette rien et ne laisse rien au placard. Il ne découpe pas vulgairement ses parties, il jongle sans cesse entre les tonalités: comédie, drame, action, militantisme. Tout se combine dans une machine bien huilée.
 
 
Avec un budget peu conséquent (40 millions de dollars, ce qui en fait un poussin à Hollywood), le film parvient donc à sortir son épingle du jeu. Encore une preuve que les majors se trompent en finançant des bides indigestes à 215 millions de dollars (Lone Ranger) quand on peut donner la chance à un projet artistique plus ambitieux à moitié prix. Adapté librement de la bande-dessinée française culte, «Le Transperceneige», le film puise volontiers ses sources dans l'anticipation à l'anglaise – on pense beaucoup à l’univers froid et sinistre de George Orwell (1984), l'uchronie steampunk de Michael Moorcock (Le Nomade du temps) ou encore la dystopie sociale d'un James Lovegrove (Royaume désuni) -, avec un train lancé à pleine vitesse comme métaphore de notre propre société. Ici l’idée d’une arche de Noé mécanique qui organiserait une lutte des classes, avec les pauvres en queue de train et les riches dans le wagon de tête. Une sorte de « Métropolis » à l'horizontal. On suit ainsi sans temps mort la progression des révoltés à travers le train, lors d'un voyage dantesque où chaque wagon représente un pas de plus vers la violence, la corruption, la désinformation et la dépravation... Critique acerbe de notre monde moderne où l’on se défonce le crâne et danse jusqu’au bout de la nuit quand d’autres crèvent la gueule ouverte, avec des individus exploités pour alimenter « la machine », «Snowpiercer» fait la part belle au divertissement et à la réflexion. Certains pourront dénoncer le manichéisme outrancier du film, mais le monde réel est ainsi fait, et ça serait se voiler la face que de le nier. La SF ne représente que l'anticipation de nos actes actuels.
Difficile de rendre crédible un parti pris rabaché un miliard de fois au cinéma. Et pourtant la mise en scène de Joon-Ho réussit là où celle d'un Neill Blomkamp a échouée: jouer sur la diversité des tons, ne jamais oublier son postulat de départ et ses inspirations, et éviter une fin guimauve digne d'un mauvais soap hollywoodien pour nous laisser sur un final doux-amer.
Evitant la prétention théorique, il préfère offrir du viscéral, des émotions, du sang et des tripes. Dans «Snowpiercer», on passe de l’horreur au burlesque, de l’action à la réflexion. On passe d'un clin d'oeil à un autre (Soleil Vert, Planète des singes...). On alterne la crasse et l'obscurité avec de la lumière et des couleurs vives. Similaire au ton acide d'un bon vieux franc-tireur comme Paul Verhoeven, le film avance par des idées de mise en scène décalée (l'utilisation de l'ironie dans les scènes de grandes violences), plus qu’en suivant une narration classique qui nous imposerait des flash-backs explicatifs rébarbatifs et des discours poignants. Au détour de scènes d'actions explosives, on n'oublie pas non plus les influences coréennes, notamment avec une mémorable bataille rangée entre les révoltés et une horde de miliciens armés de haches où Bong Joon-Ho suit l'action avec des travellings et des ralentis similaires à ceux des films d'arts martiaux.
 
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« Merde les gars... c'est le wagon du club SM. Vous êtes prêts ? »

 
A une histoire déjà-vu, Joon-Ho y apporte un traitement singulier. C'est la raison pour laquelle Snowpiercer se démarque aisément du lot des films de SF sortis cette année sur des thèmes similaires («Elysium», «Upside Down»). Bref... Snowpiercer part sur de bons rails (le jeu de mot pourri était inévitable).
 

Lef Dur

 

 

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Published by Le Kamikaze de l'écran - dans Cinéma
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