Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 21:23
queen-affiche.jpg
 
 
Un film qui a peu fait parler de lui lors de sa sortie en France… le 20 mars ! Mais rien que le scénario, tellement incongru et presque WTF, méritait qu’on parle de lui dans le « Kamikaze de l’écran ». L’histoire commence au moment où Agathe, réalisatrice, retourne chez elle en France, à Montreuil. Ca commence fort : elle doit faire le deuil de son mari décédé brutalement. Pas facile quand on ne sait pas quoi faire des cendres. On accompagne donc cette délicate étape avec un couple islandais qui débarque de nulle part installé à son domicile, un voisin à conquérir et une otarie. Le scénariste s’en est donné à cœur joie à l’écriture.
 
Bon. Entre The Restless, et Go on, vous allez finir par penser que la mort me préoccupe… Que nenni ! Seulement, le thème est souvent évoqué dans les films, et il est très difficile de le traiter tout en restant crédible… Or ici, on nage dans le paradoxe: le scénario n’a pratiquement AUCUN sens (attend… une otarie à Montreuil, quoi. Non mais... allô, quoi !). Et pourtant, le sujet est considéré avec justesse.
 
En réalité, on suit le fil du travail de deuil. Parce qu’un être qu’on a aimé a disparu en une fraction de seconde, sans qu’on s’y attende (ni dit-on point « tu ne connaitras ni le jour ni l’heure » ?), il n’y a plus aucun repère, plus aucune logique, on est paumé. L’héroïne raconte les circonstances de sa mort : « Il était en pousse pousse, une voiture l’a percuté, et l’instant d’après, pouf, il est mort. »Mais parce que tout le film est volontairement absurde, parce que rien n’a de sens, tu finis par comprendre qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer. Les personnages sont terriblement attachants, et ont suffisamment de profondeur pour qu’ils ne servent pas seulement de faire valoir au personnage principal. Un de mes préférés reste Anna, l’islandaise à la quarantaine, baba cool, rayonnante, souriante et dynamique, accro à la bonne herbe. Jeune mariée, elle pourrait représenter l’antithèse d’Agathe, si jeune et déjà veuve, sans vie…
 
queen-1.jpg
  Agathe et son mari. Paye ta joie.
 
 
Les comédiens excellent dans leur jeu, tant leur personnage servent à l’histoire, à la fois émouvante et humoristique. Certaines scènes sont incontournables, j’oserai presque dire cultes : Ulfur, le fils d’Anna, qui se laisse pousser une belle moustache pour travailler (parce que ça fait professionnel), et apprend à travailler dans un pressing (au noir évidemment : portrait du fonctionnement de la société en France) ; Anna qui tente tout au long du film de récupérer sa robe de mariée (rose avec plein de froufrou) à un travesti ; un quiproquo instauré par Virginie, la maitresse du mari défunt (« Ah, vous êtes sa femme… » « Oui. » « … de ménage ! ») et j’en passe.
 
Ah, oui, parlons-en, de ce mari défunt. C’est là aussi où se situe la brutalité de la disparition d’un proche, ici l’homme est désacralisé. Personne ne racontera quelle personne formidable c’était, sa générosité incommensurable ou ses talents incroyables pour jongler à cloche-pied… tout le monde n’est pas Abraham Lincoln, que voulez-vous. Volage, radin, mauvais caractère, mauvais coup, bref autant de défauts humains qu’Agathe ne veut pas reconnaître et qu’elle lui reprochait pourtant de son vivant. Elle veut le hisser sur un podium, continuer à l’aimer, mais tant qu’elle n’admettra pas ce qu’elle n’aimait pas chez lui, elle ne pourra pas avancer. Rien que le fait d’affirmer qu’il est un« mari mort »est déjà insoutenable.
 
L’actrice qui incarne Agathe (Florence Loiret-Caille) joue tout en sobriété, en retenu. La douleur qui se dégage se ressent implicitement. On la devine violente et presque inexplicable. On trompe la douleur avec quelques passe-temps illusoires, mais rien de très concluant. Et pas à pas, vient l’acceptation. Chacun a sa manière de faire, mais il semble ici que le message du film nous montre qu’un tel chagrin ne peut être résolu seul… mais à plusieurs. Chaque personnage a sa propre histoire, son vécu, son passé, son tempérament, et tous apportent quelque chose qu’Agathe avait visiblement perdu : la joie de vivre. Mais rien n’est fatal : « quand une femme aura surmonté la mort de son mari, elle sera reine ».Agathe sera donc reine de Montreuil.
   
 
queen-2.jpg
    Vous, les copains, je ne vous oublierai jamais…      
 
 
En résumé, un très beau film, où l’on est partagé entre rire et larmes, très bien rythmé entre des plans de vue, une musique bien dosée, et en fond de scène le portrait de la France avec son mélange des cultures et sa crise économique. On se laisse transporter, on pourrait presque commencer l’histoire par : « Il était une fois… ». On ressort de la séance avec une sensation de légèreté, de bonne humeur avec un sourire aux lèvres.
 
 
La bande-annonce:
 
 
 
Clémentine Samara
 
 

Partager cet article

Repost 0
Published by Le Kamikaze de l'écran - dans Cinéma
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog du kamikaze de l'ecran
  • Le blog du kamikaze de l'ecran
  • : "Le Kamikaze de l'écran" est un web-magazine libertaire offrant à l'internaute des avis de plusieurs chroniqueurs sur le cinéma, le jeu vidéo, la littérature, la BD, mais aussi sur les actualités du net. Priorité à la dérision et l'humour.
  • Contact

Recherche

Catégories

Liens