Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 21:36

 philomena-affiche.jpg

 

 

Irlande, 1952. Philomena Lee, encore adolescente, tombe enceinte. Rejetée par sa famille, elle est envoyée au couvent de Roscrea. En compensation des soins prodigués par les religieuses avant et pendant la naissance, elle travaille à la blanchisserie, et n’est autorisée à voir son fils, Anthony, qu’une heure par jour. À l’âge de trois ans, il lui est arraché pour être adopté par des Américains. Pendant des années, Philomena essaiera de le retrouver.
Quand, cinquante ans plus tard, elle rencontre Martin Sixmith, journaliste désabusé, elle lui raconte son histoire, et ce dernier la persuade de l’accompagner aux Etats-Unis à la recherche d’Anthony.

 

 

Philomena a fait partie de ces innombrables femmes qui, jusque dans les années 1990, ont du expier leurs « fautes » dans un couvent, très souvent reniées par leur propre famille, pour des raisons religieuses. Philomena a fait partie de ces jeunes filles qui ont payé au prix fort ce qui nous semble pourtant banal aujourd'hui parce qu'elle a succombé à la tentation de la luxure : elle a eu un enfant hors des liens du mariage. Pécheresse. Elle fut ainsi contrainte de faire adopter son enfant. Fin de l'histoire, rideaux, show must go on.

 

Pendant cinquante ans, Philomena a gardé ce secret enfoui dans un coin de sa mémoire, jusqu'à ce que, ne tenant plus, elle finit par révéler cette histoire, avec la volonté – un espoir infime mais pas impossible – de retrouver l'enfant. Avec l'aide de Dieu et beaucoup de courage, elle mettra tout son cœur et sa foi pour le revoir, pas forcément pour s'immiscer dans sa nouvelle vie, mais pour s'assurer qu'il va bien. Est-il heureux ? Qu'est-il devenu ? Pense-t-il à ses origines, se souvient-il du visage de sa mère ?... Tant de questions, trop d'interrogations pour la vieille femme qui souhaite maintenant y mettre un terme, et trouver des réponses.

 

Le journaliste désabusé Martin Sixsmith vient de perdre son emploi en tant que conseiller du gouvernement travailliste et ne sait pas s'il va reprendre un autre travail ou écrire un livre sur l'histoire russe. Par hasard, Martin rencontre la fille de Philomena lors d’une fête. Bien qu'il méprise au départ les histoires d'un intérêt purement humain, il a besoin de travail et un éditeur veut l'histoire. Avec son cynisme et son athéisme convaincu, Martin rencontre donc la vieille femme qui lui raconte son passé. Pas spécialement empathique (plus c'est triste, mieux ça se vendra !), et un brin agacé par l'ardeur parfois envahissant de Philomena, il l'aidera néanmoins dans sa quête. D'abord, par opportunisme. Il faut qu'il sache comment cette histoire se termine, et il ne peut y avoir que deux fins possibles : soit une fin heureuse, soit une fin triste.

 

philomena-2.jpg

Non, Martin Sixmith ne comprend toujours pas : comment peut-on arborer une telle coupe de cheveux ?


Ce sont donc deux personnages diamétralement opposés dans leurs convictions, leurs agissements, leurs croyances et leur vécu qui se lancent dans cette recherche laborieuse. N'allez pas croire que ce sera facile : combien de jeunes mères ayant « subi » le couvent dans leur jeunesse recherchent leur enfant qui leur a été arraché ?

 

Les personnages sont magnifiquement bien brossés, et s'opposent jusqu'au bout du film sans clash violent, au contraire, ils se font respectueusement face. Stephen Frears nous offre un long-métrage à la sauce anglaise, avec son élégance, ses répliques cinglantes lancées pile au bon moment (ou plutôt à l'instant merveilleusement inapproprié), et une certaine retenue dans les émotions, qui ne se déversent pas à flot en veux-tu-en-voilà comme chez les américains ! Youpi, le spectateur n'est donc pas un imbécile, merci Stephen !

 

Un jeu d'acteur (formidable Judi Dench !) très juste, ni dans le trop ni dans le trop peu, qui évite avec brio les clichés et le fadasse. Je n'y trouve rien à redire dans le travail des personnages. Philomena agit avec ses émotions, Martin restera dans le contrôle et le sérieux. Pourtant, l'un et l'autre finissent petit à petit... comment dire ? Par s'apprécier ? Oui, enfin, avec les défauts de l'autre... Trop cynique ! Pensera la vieille femme. Trop sentimentale, se dira le journaliste... qui au fil de l'aventure sera sincèrement touché par l'histoire, jusqu'à vouloir renoncer à écrire cet article. Alors oui, je vous vois venir d'ici, vous allez me dire : « Classique ! Le journaliste fourbe et sans pitié laisse parler son cœur et renonce à la gloire qui l'attendait, comme c'est noble ! » Oui, c'est vrai. Tant et si bien que Martin exprime sa colère contre les bonnes sœurs et la religion catholique : « Ce n'est pas vous qui devez confesser vos péchés ! C'est l'église qui le devrait ! « Pardon mon Dieu, j'ai fait enfermer des filles, j'en ai fait des esclaves et j'ai vendu leurs bébés ! » » Philomena, jamais au grand jamais, ne ressentira de la colère, sinon une immense culpabilité, pour le plaisir qu'elle avait ressenti dans les bras de cet homme qui l'a malencontreusement engrossé (les capotes n'étaient pas d'actualité il y a soixante ans...). Peut-être contre l'attitude de Martin, pour ce qu'elle juge pour de l'ignorance ou de l'arrogance. Et encore. Puisque Dieu pardonne tout, pardonnons à ceux qui nous ont fait du mal. Et c'est ce que la vieille femme fera : pardonner à ces sœurs qui lui ont retiré l'enfant et qui l'ont puni pendant si longtemps. Contrairement à ce que nous croyons, pardonner n'est pas un acte facile, allez poser la question à Mandela au passage... Aveuglement ou sagesse ? A vous de voir.

 

philomena-1.jpg

Philomena soupçonne Martin d'être à l'origine d'une drôle d'odeur dans l'air. Martin prend l'air de rien.


Judi Dench est éblouissante en mère courage incarnant l'inébranlable croyante des années cinquante, Steve Coogan nous convint dans le rôle d'un homme intellectuel empli d'amertume et de préjugés. Le drôle de duo est parfaitement équilibré, il amuse autant qu'il surprend, et nous offre des minutes précieuses de rire et d'émotions sans aucune fausse note. Un film tout en finesse et émouvant, ainsi la compagnie de ces deux personnages est tellement attachante qu'à la fin du film on ne peut s'empêcher de se dire « déjà ? ».

 

 

 

 

 

 

Clémentine Samara

 


Partager cet article

Repost 0
Published by Le Kamikaze de l'écran - dans Cinéma
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog du kamikaze de l'ecran
  • Le blog du kamikaze de l'ecran
  • : "Le Kamikaze de l'écran" est un web-magazine libertaire offrant à l'internaute des avis de plusieurs chroniqueurs sur le cinéma, le jeu vidéo, la littérature, la BD, mais aussi sur les actualités du net. Priorité à la dérision et l'humour.
  • Contact

Recherche

Catégories

Liens