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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 20:35
pacific-rim-affiche.jpg
    Le « Power Rangers » le plus cher de la série  
 
 
« Pacific Rim » ! J'ai longtemps fait la sourde oreille avec ce film, pourtant rien ne semblait aussi intéressant que de voir comment Guillermo del Toro allait s'en tirer avec de la S-F. Avouons-le: C'est un entertainer né, parvenant à transformer un blockbuster basique en une oeuvre profondément personnelle, avec leurs inspirations ésotériques, leur penchant pour les oeuvres de H.P. Lovecraft, de peintures profanes, de séries B, de comics et son amour sacré des monstres. Avec Guillermo, l'alliance entre le contenu et le contenant est rarement négligée. Sans doute la peur de le voir s'enfoncer dans un nouveau Transformers me déroutait quelque peu. Voir une succession de bastons entres des monstres et des robots géants, mouais... la motivation n'était pas encore là.
Le synopsis me convainquait encore moins: « Pour combattre les Kaijus, des créatures sorties d'une brèche inter-dimensionnelle près de la faille géologique au fond de l'Océan Pacifique en août 2013, un nouveau genre d’arme a été conçu : des robots géants, appelés les Jaegers, qui sont contrôlés en simultané par deux pilotes dont les esprits sont reliés par un pont neurologique ». Les p'tits dédaigneux commençaient à dire: « ahah, j'en gausse d'avance. Ce truc ressemble à « Evangelion ». Vous savez... ce mecha, suivi par une poignée d'otakus, où des robots géants affrontent des monstres pour le salut de l'humanité. » J'ai pu voir ce genre de commentaires une centaine de fois sur des forums. Personnellement, je ne connaissais pas « Evangelion ». A mes yeux, « Pacific Rim » sonnait plus comme un « Ultraman » super friqué ou un « Power Rangers » plus couillu.
 
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« Ultraman », le « Pacific Rim » du pauvre
 
Puis, mon portable sonna sans relâche. Des amis sortaient de la dernière séance du soir, c'est-à-dire celle qui s'achève vers 1H du matin, et s'amusaient à me réveiller en m'envoyant des messages de ce genre: « hey ! Mec ! I fo ke tu voi pacific rim ! I est tro b1 !!! ». Autant frappé par de si belles proses que par la confiance aveugle envers mes amis, je décidai de casser mes préjugés pour me diriger vers le cinéma le plus proche. Enfin, je me disais que Guillermo del Toro a fait Pacific Rim comme un hommage aux films de kaiju japonais (l'improbable Frankenstein vs. Baragon ou la série des Godzilla, avec l'inoxydable King Kong vs. Godzilla). Alors, pourquoi pas...
 
 
 
Verdict: Pacific Rim a des atours séduisants. Il n'y pas à dire: ça en jette !
D'emblée, Guillermo nous donne clairement envie de connaître cet univers. L'introduction nous montre habilement l'évolution des mentalités par rapport à cette cohabitation forcée. Comment les humains ont fait face à cette menace, comment la culture populaire se l'est appropriée. Dès le début du film, tout est assez bien détaillé pour nous donner envie de s'intéresser à son histoire. Le point fort de l'oeuvre reste évidemment l'esthétique visuelle. Des scènes magnifiques enivrent le regard comme le flash-back de Mako où un jaeger figure tel un chevalier gigantesque, les séquences de combats titanesques, les Kaijus (images dantesques et effroyables de la destruction des mondes, à l'image d'un Cthulhu), la scène de ce jaeger s'écroulant sur une plage d'Alaska. C'est beau ! Et puis... cette musique de Ramin Djawadi ! Magique...
 
Pour le plaisir des oreilles, un featuring avec Tom Morello, ancien guitariste de Rage Against The Machine.
 
 
Mais, Guillermo abandonne rapidement son histoire au profit de l'impact visuel. L'épat' visuel, c'est bien. Quand il y a un fond cohérent, c'est mieux.
Outre l'abandon du récit à des incohérences bidonnantes (si les monstres attaquent continuellement les côtes du Pacifique, pourquoi les villes côtières ne sont-elles pas définitivement évacuées ? Comment les jaegers ont pu être construits aussi rapidement ? Comment se fait-il que le département scientifique n'est composé que de deux mecs farfelus et irresponsables ?), nous avons surtout le droit à un scénario cousu de fil blanc, n'oubliant pas de foutre des tonnes de clichés exaspérants à chaque grand moment du film:
 
1/ Notre héros, Raleigh Beckett (Charlie Hunnam), subit un choc terrible: la mort d'un proche. Cela conduira fatalement à la VENGEAAAANCE ! (Pardon, je me suis emporté). Ce genre de schéma narratif, ça ne vous dit rien ? Mais si... c'est évident.
 
2/ Bon bien sur, le traumatisme est là. Avant de repartir en guerre pour apprendre aux grosses bébêtes inter-dimensionnelles le respect d'autrui et le code de la route, notre héros connait irrémédiablement une longue phase de dépression où il se replie sur lui-même, fuit ses responsabilités. Il en a marre de la vie. Pour montrer sa tristesse, il se laisse même pousser la barbe. Ici, on charge évidemment le spectateur de tout le pathos du héros pour mieux faire communion avec lui. Vieille astuce de scénariste usée jusqu'à la corde. Et c'est à ce moment précis que son ancien commandant, Stacker Pentecost (Idris Elba) l'oblige à revenir dans le rang pour... sauver l'humanité ! Le coup du « retour forcé » est une trame typique des films d'action depuis la fameuse saga « Rambo ». Le héros se dit donc « mouais, pas trop envie. Mais bon, je suis obligé. Sinon le film s'arrête au bout d'une quinzaine de minutes. Pas sympa pour le spectateur qui a payé dix euros l'entrée » et c'est reparti !
 
3/ De retour à la base, ils rencontrent une pléiade d'archétypes. A droite, nous avons le rival, Chuck Hansen (Robert Kazinsky). Aussi beau gosse que le personnage principal (mais pas trop, il ne faut pas oublier qui est le héros) et concurrent sur le même terrain (il pilote un autre jaeger). Il se dit meilleur que le protagoniste, mais on sait tous que c'est un connard fini. A l'instar d'un Top Gun, les deux ennemis s'avoueront finalement et obligatoirement leur respect mutuel. A gauche, nous avons Mako (Rinko Kikuchi), la belle asiatique qui idolâtre en secret notre héros. On sait d'avance qu'il y aura une idylle amoureuse entre elle et lui. Mais, chuuuut... tout le monde fait semblant de ne pas le savoir. Au centre, nous avons notre commandant autoritaire qui fait juge d'arbitre. Autour d'eux, il y a les clichés de base: des pilotes russes (ils sont costauds, blonds, parlent avec un accent exagéré et conduisent un jaeger rudimentaire. C'est bien connu, la Russie est pauvre. Elle n'a pas assez de pognon pour faire des robots high-tech) et des chinois (ils sont rapides, malins, font des arts martiaux et ne parlent qu'entre eux. Raciste ? Ah non pas du tout). J'allais oublier les comiques de service, incarnés ici par deux scientifiques excentriques. Le pire reste le personnage de Hermann Gottlieb (Burn Gorman), cabotinant à mort et obligé de passer par des centaines de théorèmes pour parvenir à la conclusion que les attaques de kaijus sont plus fréquentes, alors qu'il lui fallait juste ouvrir un journal pour constater cela.
 
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Direct ! Ça se voit: ils sont russes !
 
 
4/ Comme tous les héros d'action, Raleigh est un rebelle. Rien à foutre des règles. L'important est d'atteindre le but. Ses méthodes sont critiquées par ses compères, mais on sait qu'elles seront finalement payantes. Il pourra ainsi faire « nananère » quand il aura fait un gros coup d'éclat.
 
5/ La fin est similaire à celle du mauvais Independence Day(Intolérable !). L'attaque finale débute par un grand discours héroïque (blablabla... nous serons les héros de ce jour !... blablabla... l'humanité a les yeux rivés sur nous). Le combat s'achève sur deux gros poncifs lourdingues: le sacrifice héroïque du pion de service et la presque-mort du héros (« ahah, je vous ai bien eu, hein. Je faisais semblant d'être dans les vapes »).
 
Après avoir subi une attaque sévère de poncifs dans la face, qu'est-ce qu'on peut sauver d'un film comme Pacific Rim ? Il est à l'image de la majorité des blockbusters contemporains: du clinquant, du bling-bling, de l'épat', mais un manque total de crédibilité scénaristique. Guillermo del Toro n'oublie pas de placer ses fameux monstres et quelques allusions lovecraftiennes (la destruction de l'humanité par des créatures abyssales), mais ça ne suffit pas à rendre séduisant sa nouvelle oeuvre. On se contentera donc d'une simple claque visuelle, mais aussi d'une oeuvre rendant fièrement hommage aux films de monstres japonais. Un mi-chaud, mi-froid. Dommage.
 
 
Lef Dur

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Published by Le Kamikaze de l'écran - dans Cinéma
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commentaires

Flul2F 03/08/2013 01:25

Je suis d'accord.

De mon coté je dirai qu'il est nanarlandesque sur le scénario, car comme tu le dis, ces tas de clichés et ces poncifs sont quand même codé par un référent commun à tous.
Et moi ça m'a fait rire..."C'est pas ma guerrre !!!! MWAAAA... OK !"...
Et si cela ne provoque pas le mépris chez moi, c'est que je me suis bidonné sur tous les dialogues où j'ai pu finir les phrases des personnages.

D'un autre coté la qualité visuel mérite un grand houra !

franchement, c'est harchi bien foutu nan ? tout les plans d'action m'ont paru millimétré au poil de cul pour ne pas s'ennuyer (ou presque):
1- déstabiliser > contraste différent du plan précédent suivi d'un petit fake de focal pas stable ou effet de flash lumineux d'un spot, du feu, etc.
2- recherche des repères sur la toile
3- bourinage avec un mouvement
Nouveau plan
4- repère existant du 2 mais a chercher a l'autre bout de la toile
5- festival de tatane !!!! PINAGE !!!!

Et on recommence !!

Les yeux font du yoyo tout en comprenant les actions. Pas comme dans Man Of Steel ou j'ai mes yeux qu'on décrochés.

Franchement j'en garde un bon souvenir de film de méca !

Ayant matté pas mal d'animes de méca, ça n'a rien a voir avec ce que tu as vu !
Et il est normal que les puristes y voit un mauvais plagia ... mais malgré ca il ne faut pas que ça en conditionne le visionnage !

La grosse couche Blockbuster et tout le gros bagage made in USA plombe pour moi le film... mais j'en souris car franchement, les dialogues sont tellement bon:

Ca me ferai presque penser à BlackSheep (Nanard sur des moutons zombie à voir absolument) > A: "Viens, les moutons arrivent droit sur nous ! vite !" - B:"Les moutons j'les encule !!!" A:"Non
t'as pas l'temps !"

Et oui, petit détails car on régresse dans l'image du geek au ciné. Le cliché des scientifiques "nerds" super "freaks", sérieux c'était de trop !

Et on remarquera que l’Amérique du sud est pauvre ! elle est bien sur le littoral pacifique mais elle a pas de robot à elle. Elle dépend des USA !

Pour conclure: Un super film bien bourrin où tu retire ton cerveau à l'entrée pour passer un bon moment, à condition de ne pas mépriser la tentative de GdelT. pour rentrer dans le top10 de
nanarland.com ! :D
Nous n'avons pas la même culture cinématographique, mais quasi le même avis mon cher Lef ;)

Sur ce, bonne nuit ! Merci d'avoir partagé ces critiques enrichissantes sur tant de films! ;)

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