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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 10:12

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Aujourd'hui, un kamikaze se frotte à un tueur, et pas n'importe lequel. Celui du dernier film de Cédric Anger, La Prochaine fois je viserai le cœur (vu la longueur du titre, vous devinez qu'il s'agit d'un film français). Un thriller... français ! Là, j'imagine déjà les râleurs conspuer d'emblée la qualité du film sans même l'avoir vu. Et bien détrompez-vous. Anger réussit bien son affaire.

 

 

 

 

Cédric Anger adapte ici l'affaire Alain Lamare dite du "tueur de l'Oise", qui sévit entre 1978 et 1979 et qui provoqua une vive indignation de la population en apprenant que le tueur n'était autre qu'un des gendarmes de la brigade chargée de l’enquête. Et le choix du personnage est des plus judicieux car il permet d'offrir au public un protagoniste intrigant, coupé par une dualité certaine. Quoi de plus intéressant qu’un personnage double qui est chargé de faire respecter la loi et qui la transgresse violemment en dehors de ses heures de travail. L'histoire s'axe principalement sur cet individu schizophrène, au visage d'ange et à la cruauté sans fin, à la fois timide et dégrossi, organisé et maladroit. Tout au long du film, Auger fournit un portrait méticuleux, sans tomber dans l'empathie, ni dans la glorification des films US. On pourrait reprocher cette introspection d'être trop superficiel. Après chaque meurtre, l'homme provoque ses collègues par des lettres anonymes en promettant d'autres meurtres. Mais qu'elles sont ses réelles motivations ? Haine pour les femmes ? Homosexualité refoulée ? Asocialité ? Les pistes sont multiples, mais aucune ne peut être affirmé. Ce mystère peut être vu comme un atout supplémentaire : laisser le public faire sa propre conclusion. Et c'est là que l'interprétation de Guillaume Canet est excellente, jonglant sur la duplicité chaos/ordre tout en conservant ce visage monolithique. Rien ne transparaît, pas même un indice sur ses réelles pensées. Le tueur est méthodique et froid, mais mal à l'aise et maladroit. Ses pulsions meurtrières lui procurent du soulagement, mais la culpabilisation le ronge après-coup. En parallèle de ses crimes, le jeune gendarme nargue les enquêteurs en envoyant des lettres revendiquant les faits. Sur son lieu de travail, il assure à ses collègues qu'il va l'arrêter, ce « salaud ». Construire un jeu autour d'un personnage aussi complexe n'est pas une mince affaire, mais le pari est réussi.

 

On pourrait regretter sa lenteur narrative et ses quelques poncifs du genre, notamment la collection d'articles de journaux que le tueur aime arborer sur un mur de sa chambre ou les lettres de provocation faîtes aux autorités, mais n'oublions pas que le film est tiré d'une histoire vraie, et les lettres sont les clés même de cette affaire.

 

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"Bonjour la police, je ne vous écris pas pour vous parler de mon prochain meurtre, juste pour vous dire que je m'apprête à manger une banane et boire du lait. Amicalement..."

 

 

La mise en scène d'Auger n'est jamais paresseuse. Elle encadre parfaitement l'excellente interprétation des personnages (aucune fausse note parmi les interprètes, chapeau), reprenant le style d'un Corneau ou d'un Melville par ses couleurs gris-bleu et sa froideur. Il dépeint le cadre du tueur comme encore une autre piste à exploiter sur son penchant meurtrier : un univers glauque, déprimant et sale pour mieux refléter le monde tel que le voit ce tueur en rage contre tout (ce qui n'est pas sans rappeler Taxi Driver).

 

La Prochaine fois je viserai le cœur s'arroge le style des polars d'antan qui firent la gloire du cinéma français et Auger montre qu'il en est à la hauteur. Le genre renaîtra t-il en France ? Seul l'intérêt du public nous la dira. Le Kamikaze vous le recommande, vous en faîtes ce que vous voulez.

 

 

 

Lef Dur

 


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Published by Le Kamikaze de l'écran - dans Cinéma
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Jean 25/11/2014 00:08

Un film ennuyant (je suis prèsque sortie de la salle), cliché et trop lent. Je ne comprends pas ce que la presse a vu dans ce film parce que mes amis que l'ont vu le détestaient aussi LoL Pour moi
c'est la presse qui veut donner un César à Canet pour la troisième fois, après les snubs d'Une Vie Meilleure et Jappeloup. Trop drôle et triste parce que Canet n'a aucun respect pour les
journalistes (seulement s'ils aiment ses films). Et sincèrement, il ne joue pas bien. Sa performance est très forcé et pas naturel, il ne jamais me convaincu d'être un gerdarme fou qui tue des
femmes et pleure après ça. Où sont les larmes, les sentiments, les expressions? Peut-être que Anger lui a invité parce qu'il pensait que son personnage n'a pas besoin d'un acteur avec talent, mais
avec un visage vide, sans contenu LoL

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