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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 16:34

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Avant d'attaquer cette critique, je vais applaudir. Non pas pour féliciter, mais pour saluer l'initiative prise par Christophe Gans. Pas facile de s'attaquer à l'adaptation cinématographique du célèbre conte ! Avant que Disney ne s'en empare en 1991, Jean Cocteau nous avait offert un film magnifique que je qualifierai personnellement d'indétrônable. Nous sommes d'accord qu'il s'agit d'un des plus beaux classiques portés sur grand écran, avec notamment Jean Marais et Josette Day dans les rôles titres. mais bon... 1946, ça commence à faire loin, on est d'accord. deux autres remakes avaient été réalisés depuis, des tentatives d'adaptation à la télé également, sans grand succès. Un petit coup de lifting était donc le bienvenue, même si le risque de se planter lamentablement était très élevé. Alors on ne va pas se laisser distraire par la promo grandiose que Gans s'est offert pour vendre son film et on va répondre rationnellement à la question suivante: grosse daube bonne pour les oubliettes ou formidable chef-d'œuvre ?

 

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Là on dirait pas comme ça, mais la Bête vient de raconter une bonne blague. Ambiance.

 

Grosse surprise générale: visuellement, on s'en prend plein la tronche. C'est chouette les effets spéciaux, on peut décidément faire tout ce qu'on veut ! On peut faire des plans de oufs, genre, animer le livre qui narre l'histoire, montrer le château de la Bête dans toute sa splendeur et sa vastitude avec ses dédales labyrinthiques, la magie qui emballe le domaine, avec une graaaande forêt autour, et puis allez, on peut s'en servir aussi quand la Belle se met à rêver... Et comme le maquillage c'est has been (sic), on va faire une Bête virtuelle aussi, on va pas s'emmerder. Et puis tiens... on va aussi rajouter des créatures kawaï un peu chelous qui gambadent partout dans le château, histoire d'avoir des trucs mignons dans le film. Oh ! Et aussi, on va faire une super scène finale digne d'un film d'action, ça donnera un petit côté badass !....

Oui, on parle toujours de la dernière version de la Belle et la Bête. Abuser sévèrement des effets spéciaux ne reconstituera jamais la magie du conte, mon p'tit Christophe.

 

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D'accord, c'est beau. Mais, la technologie actuelle n'est pas assez puissante pour nous montrer qu'en vérité, le bonhomme au fond nous lance un doigt d'honneur.

 

Au niveau du scénario, pas de gros changements dans les grandes lignes. Vous connaissez l'histoire... Non, ce qui est décevant - pour ne pas dire scandaleux ! - ce sont les scènes clefs bâclées !

Quelques exemples ? Lorsque Belle décide de prendre la place de son père et de se sacrifier pour sauver sa famille: nous en sommes à 28 minutes du film (!), et la scène de son départ dure environ 30 secondes... conclue par une réplique désespérée de Belle: "N'oubliez pas de m'aimer !". Ou encore plus tard, lorsque Belle revient dans sa famille. Quelques échanges brefs avec ses frères et sœurs... et c'est tout ! Heu pardon, je m'attendais à plus d'émotions dans les retrouvailles familiales... Un truc plus proche de "mon Dieu, Belle ! Mais tu es vivante ! Mais comment se fait-il ? Tu as donc réussi à t'échapper ! Et comment est la Bête, t'a t-elle fait du mal ?", à la place de "Mais c'est quoi cette robe ?" (véridique). Sans oublier... la relation entre Belle et la Bête, torchée en deux dîners. Faut m'expliquer comment la jeune fille se retrouve toute chose face à son ex-geôlier mourant lorsqu'elle lui clame "mais je vous aime [...]". Léa, je sais que souvent femme varie, mais honnêtement, tu associes ton personnage à une girouette ambulante: ne clamais-tu point vingt minutes auparavant que la Bête te répugnait ??? Et même la scène de la transformation finale est bouclée en trois secondes. Quelle frustration !

Pour finir sur ce paragraphe, j'ajouterai que j'ai cru me retrouver dans un mélange de Cloverfield, Godzilla et Transformers vers la fin (c'est un peu confus, oui). Je ne vous révèlerai pas pourquoi, histoire de ne pas vous gâcher le film. Il l'est suffisament, je n'en ajouterai pas davantage. En tout cas, les plus jeunes apprécieront sûrement.

 

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En plus d'être laide, la Bête a une haleine de chacal. Ça n'aide pas pour pécho la Belle.

 

Vincent Cassel n'est pas foncièrement mauvais dans son rôle. Même s'il a beaucoup de difficulté à sauver la peau de sa Bête entre les mauvaises scènes et les clichés, il en ressort une certaine élégance et on retrouve presque un côté sexuel. Presque seulement.

En revanche, Léa Seydoux n'incarne nullement le charisme ou la sensualité, et ne soulève franchement aucune passion. Dommage, il va falloir la supporter pendant 1H52 ! Bon, il faut dire que les répliques qu'on lui prête sont peu convaincantes, ça n'aide pas non plus. Mais ça n'excuse pas son côté horripilant, et l'absence d'évolution de son personnage.

Petits (touts petits) moments jubilatoires quand ses deux sœurs aînées entrent en scène, futiles pestes harpies, jouées par Audrey Lamy et Sara Giraudeau même si elles frôlent le surjeu, mais j'ai été surprise de découvrir trois frères supplémentaires. Bon, pourquoi pas, s'ils apportent quelque chose au film (attention parenthèse spoil: en fait, leur utilité est limitée) (parenthèse spoil bis: les deux sœurs ne servent à rien non plus). André Dussolier est irréprochable dans son personnage du père attentionné, mais son rôle est très vite limité. Alors que reste t-il pour pimenter le film ?

Il nous faut des méchants ! Mais attention, je vous parle de VRAIS méchants ! A la tête du groupe, le BIG grand méchant voleur alias Eduardo Noriega suivi de près par sa voyante incarnée par Myriam Charleins (spoil ter: je n'ai pas compris son utilité... Je vous invite à m'écrire afin de m'éclairer sur cette épineuse question). Oh, les grands méchants, pas effrayés à l'idée d'entrer dans un royaume magique, avec une forêt qui s'ouvre devant eux, un château gigantesque avec des décors fantasmagoriques, des richesses étalées partout... non, je ne vois pas le problème ! NORMAL. De toute façon, la seule chose qui les intéresse ce sont les pierres précieuses. Et on voit les grands bandits fortement passionnés: ils iront jusqu'à se rouler par terre en embrassant les rubis tant leur joie est incommensurable ! Mais ce sont quand même des méchants. Ils ne profiteront pas de leur butin bien longtemps, vous vous en doutez. La morale est donc sauve, au profit d'une belle histoire d'amour qu'on aura vu enfin apparaître qu'aux deux dernières minutes du film.

 

 

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"Qui est pour qu'on se casse d'ici avant qu'il nous arrive des bricoles ?"

 

 

Allez, j'admets. Tout n'est pas à jeter dans le film: les décors, bien que virtuels, plantent l'univers mystérieux et merveilleux. Les costumes sont magnifiques et peuvent détourner notre attention des grandes faiblesses du film. Les petites filles en seront ravies, c'est certain (les robes de princesses !!). Le gros avantage du film est qu'il n'a pas cherché à se moderniser, mais au contraire à reconstituer une époque passée et glorieuse. Et si je vous parle beaucoup de la version de 1946, Gans a aussi copié sur le dessin animé de Disney, je vous laisserais deviner sur quels aspects. Il en résulte un film familial accessible aux petits et aux grands.

 

Bref, pour conclure: un film raté qui ne remue ni les tripes, ni la cervelle. On ne retrouve pas le symbolisme du conte (l'évolution de la Belle en femme, la Bête qui cache sa part humaine derrière son aspect bestial,...), la relation entre les deux personnages est quasi inexistante, on est encombré par trop de détails superflus, des clichés assommants, des dialogues vides, un casting orienté acteurs bankable, et des effets spéciaux à la pelle en-veux-tu-en-voilà. Un blockbuster qui peut plaire à ceux qui ont envie de divertissement vide de contenu. mais parce que je suis cool, je le redis: bravo Christophe Gans, c'est l'intention qui compte, après tout... ou pas.

 

 

 

 

Clémentine Samara


 


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Published by Le Kamikaze de l'écran - dans Cinéma
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