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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 11:57

 

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La préquelle du film de John Carpenter, The Thing, circule à peine sur le Net qu'elle provoque déjà de nombreux cris de protestation: « film sans intérêt », « répétant le même schéma narratif », ect...

 Une préquelle à The Thing relève-t-elle donc de la mauvaise idée ? Qu'attendre d'un film dont on connait déjà la fin, les thèmes et les enjeux ? Pour bon nombre de fans purs et durs du chef-d'œuvre de John Carpenter, offrir une préquelle à ce monument de l'horreur relève de l’abomination avec une destruction directe à coup de lance-flammes (un peu comme dans le film, d'ailleurs). Mais, jouons sur la tempérance, mes amis ! Il est préférable d'attendre sa sortie en octobre 2011 pour s'en faire une idée précise.

Il faut admettre que le pari est risqué: The Thing est une œuvre riche, référencée et intelligente qui est encore difficile à égaler, une histoire sanglante s'appuyant sur un choix audacieux dans le genre du « film de monstre » * (celui de privilégier la monstruosité de l'homme sur celle du monstre). Et enfin, il a su devenir au fil des années un film culte pour de nombreux amoureux de l'horreur. Il faut donc avoir une sacrée paire de cojones pour s'attaquer à « la chose ».

 

Bande-annonce du The Thing version 2011:

 

 

 

 « Mais, qu'est-ce que c'est que ce film ??? »

Bon, je vais te l'expliquer parce que je t'aime bien.

 

Synopsis:

 En Antarctique, durant l’hiver 1982, douze hommes découvrent une chose calcinée, enfouie sous la neige depuis des milliers d’années. Décongelée, la créature reprend vie en adoptant la forme de celui qu’elle tue. Aucun des hommes ne peux se fier aux autres. Qui est humain? Qui est la chose?

 

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Derrière la caméra:

 

The Thing est le premier volet de ce que John Carpenter nomme lui-même, sa « Trilogie de l'Apocalypse », Prince des ténèbres (1987) et L'Antre de la folie (1995) étant les autres films constituant cette trilogie. Le principe de chacun de ces films repose sur la même thématique: une « menace indicible » cherche à anéantir l'humanité. Le genre humain est sans cesse remis en cause dans des histoires souvent pessimistes et le personnage principal sacrifie sa vie ou sa raison pour arrêter cette menace, et ce d'une façon qui ne semble pas définitive. L'autre point commun de ces œuvres est le rattachement qu'on peut leur faire avec l'univers de Lovecraft. N'oublions pas que Carpenter est un fan absolu de l'écrivain américain. Celui-ci a toujours admis vouloir lui rendre hommage avec cette trilogie. Ceci est encore plus évident avec The Thing, dont une partie de l'histoire a pu être inspirée de la nouvelle de H. P. Lovecraft, At the Mountains of Madness (Les Montagnes hallucinées, dans les légendes et mythes de Cthulhu) de 1931. Le cadre est le même (une équipe de scientifiques en Antarctique), l'intrigue débute de la même manière avec la découverte de curieux spécimens et la destruction inexpliquée d'une base de recherche et de son équipe. 

 

     Il ne faut pas oublier non plus qu'il s'agit avant tout d'un remake, celui de La Chose d'un autre monde réalisé par Christian Nyby et produit par Howard Hawks en 1951. Dans cette version, une créature végétale, ayant le pouvoir de se régénérer, s'attaque aux habitants d'une station polaire. En plein maccarthysme, le film affichait un optimisme triomphant et n'échappait pas à une romance de rigueur entre un courageux capitaine au sourire ravageur et une accorte scientifique téméraire (sans oublier la belle demoiselle que le capitaine se doit de protéger face à la menace). Dans les années 1980, Carpenter saisit le projet de remake et ne fait pas dans la dentelle. Ici, tout en étant plus fidèle au court récit de John W. Campbell ayant précédemment inspiré Hawks et Nyby, la créature extra-terrestre devient polymorphe, pouvant ainsi revêtir de la forme et de l'intelligence de toute créature vivante dans la station polaire, chien ou être humain. Par ce choix innovant, Carpenter parvient à créer un huis-clos terriblement efficace, où la paranoïa et la folie ne peuvent que se propager parmi les douze hommes isolés. Dépassant Alien sur le terrain de l'angoisse claustrophobique, Carpenter s'amuse à faire douter le spectateur de chaque personnage, de filmer la peur et la méfiance qui s'emparent de chacun d'eux au fur et à mesure des révélations. Les personnages disparaissent petit à petit, engendrant un climat de paranoïa parmi les survivants. Le ton devient donc très sombre, et Carpenter s'en tient comme à son habitude à un final pessimiste.

  

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The Thing a été principalement tourné dans les studios Universal, à Los Angeles en 1981. Des salles étaient entièrement réfrigérées, alors qu’à l’extérieur la température était caniculaire. L’équipe devait ôter les parkas ou les remettre selon les déplacements. Des scènes supplémentaires ont aussi été tournées en Colombie Britannique. Le réalisateur proposa le rôle principal à son vieux complice Kurt Russel, avec lequel il avait déjà tourné un téléfilm sur Elvis Presley (1979) et surtout New York 1997 (1981). Ici, Kurt Russel exécute l’une de ses meilleures prestations, en interprétant un personnage de cow-boy solitaire et froid, un héros jusqu’au-boutiste et porté sur l’alcool qui livre une bataille sans merci contre la chose, ne laissant la place ni à la pitié ni aux doutes (personnage bien « badass » avec son gros lance-flammes).

  

En plus de se munir d'un jeu d'acteur sans failles, le film n'aurait pas atteint son statut d'œuvre culte sans les effets spéciaux époustouflants du prodige Rob Bottin. Après avoir travaillé sur le très réussi film de loups-garous, Hurlements, réalisé par l'iconoclaste Joe Dante en 1980, Bottin s’est chargé des effets spéciaux du film de Carpenter pendant un an, s’investissant tellement qu’il se blesse durant le tournage. On lui doit sûrement les trucages les plus réussis de l’histoire du cinéma fantastique. Toutes les scènes avec la créature protéiforme demeurent des références. John Carpenter ne désirait à aucun prix que la chose ressemblât à un type dans un costume de monstre (évitant le vieillissement prématuré d'un film contemporain tel que Alien ). Le résultat a dépassé ses espérances. Remercions Rob Bottin et ses animatroniques !

Tout ceci est magnifié par la mise en scène de John Carpenter qui, utilisant des plans-séquences, des caméras subjectives et des travellings arrières, crée une histoire extrêmement sombre et étouffante. Il parvient même à offrir aux spectateurs des passages cultissimes tels que celui de la réanimation de Norris, qui finit en une boucherie sanglante, ou celui du « test sanguin » où Mac Ready, ayant compris que chaque parcelle de la chose est vivante et autonome, met un fil chauffé à blanc dans des coupoles contenant le sang des douze hommes pour savoir qui est la chose (le sang se démasquant en tentant de se débiner face à la brûlure).

 

 Réanimation de Norris:

 

 
Scène du test:
 
Malheureusement, le film fut un échec commercial à sa sortie en 1982. Le public préféra voir un gentil petit extra-terrestre tel que E.T. qu'un monstre hostile et calculateur (bon, il faut admettre qu'il était aussi moins mignon). Le succès du film se fera seulement avec les diffusions télévisées et la sortie en vidéo.
 
 « L'homme est un loup pour l'homme »
 
 Outre la maîtrise technique, The Thing est avant tout une histoire comme Carpenter a l'habitude de faire: un récit noir sur le vrai visage de l'être humain. En effet, « la chose » est une créature indescriptible qui s'empare d'un être humain et parvient à rompre l'harmonie apparente d'un groupe en introduisant dans celui-ci la peur et la paranoïa. Il met à l'épreuve des hommes qui sont contraints d'effacer leur moral et de retrouver leurs instincts primaires pour survivre. Cette créature parvient ainsi à extérioriser les véritables pulsions des hommes. En ce sens, The Thing est métaphorique, car il joue sur le thème de l’incertitude de l’homme… face à l’homme lui-même. Le manque de confiance des gens envers leur identité et donc des intentions de leurs semblables génère les incertitudes, les paranoïas, les peurs… et les conflits. Ceci est irrémédiable et inévitable. Il suffit d'une poussière parasitaire pour enrayer la notion de civilisation chez l'être humain. C'est sur ce point que la créature (qui gagne ici le prix de l'extra-terrestre le moins con du cinéma) a compris qu'elle tiendrait sa victoire. Pas bête la bébête...
 
En détruisant la cellule communautaire par l’intérieur, cette chose nous démontre que notre société, s’appuyant sur des règles morales, ne tient que sur un échafaudage fragile à la merci de forces pouvant le faire tomber sans trop de difficultés. Le groupe uni à l’origine peut se briser devant le danger et se retrancher dans l’isolement. Le film appuie l’idée sur laquelle nous ne pouvons séparer l’humain de ses instincts primaires. Dans The Thing, les repères instituant la civilisation explosent face à l’adversité, et chaque être humain retourne dans une sorte d’état primitif. Il ne compte plus que sur son instinct de conservation pour survivre en tant qu’individu.
 
La bande-annonce de la version 1982:
 

Conclusion: la préquelle de The Thing a du boulot pour égaler cette version et ainsi plaire à son public, mais l'effet de surprise peut encore jouer en sa faveur. En attendant, je vous conseille de mater le film de Carpenter si ce n'est pas déjà fait.

 

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                                   "Et venez me faire la bise au passage !"

 

* choix qui a été fait aussi dans quelques films tel que L'Invasion des profonateurs de sépultures de Don Siegel

 

 Lef Dur 

 

 

 

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Published by Le Kamikaze de l'écran - dans Cinéma
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