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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 21:15

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Dans l'ombre de Disney se cachent de grands artistes de l'animation. Don Bluth a souvent fait figure d'outsider face au géant. Si on se souvient encore de ses films d'animation, c'est notamment grâce à leur visuel recherché et détaillé, leur mysticisme omniprésent et leur humour peu candide, mais aussi grâce à leurs histoires sombres et brutales, autour de personnages essayant d'atteindre désespérement un but dans des univers périlleux et cruels. On désigne souvent Don Bluth comme le grand opposant du studio Disney durant les années 1980-1990. Mais il serait fort regrettable d'oublier qu'il fut aussi un de ses plus grands admirateurs.

 

 

Don Bluth est né à El Paso, au Texas, le 13 septembre 1937. Il est le deuxième enfant d'une famille mormone de sept enfants. Son enfance se partage entre le ranch familial, les chevaux et... les dessins animés de monsieur Disney. A 6 ans, il découvre  Blanche-Neige et les Sept Nains... et là, c'est le choc. Dès ce jour, il ne manquera jamais de vouer un culte inconsidéré au studio. Il commence même à apprendre le dessin en recopiant les comics de la célèbre major. Après un premier déménagement dans l'Utah, la famille Bluth débarque en Californie en 1954. Alors qu'il débute ses études en littérature anglaise, il décide de faire le grand pas: il se présente avec son portfolio aux studios Disney de Burbanks. Son talent est vite reconnu et il est engagé. Son premier travail dans le studio commence en tant que peintre intervalliste sur La Belle au bois dormant (Sleeping Beauty, 1959) et Merlin l'enchanteur (The Sword in the Stone, 1963). Cependant, il ne restera que deux ans à Burbanks. Il opère une mission en Argentine pour l'église mormone, puis il retourne aux Etats-Unis pour monter avec son frère Frederick un théâtre à Santa Monica (le Bluth Brothers Theater). Là, il produira quelques comédies musicales durant trois ans. Mais son amour pour l'animation est trop fort et il cède. Après avoir obtenu son diplôme en littérature anglaise, il est engagé en 1967 à Filmation sur des séries animées pour le format TV, puis il repart à Disney en tant qu'animateur à plein temps en 1971.

donIl travaillera notamment sur Robin des Bois (Robin Hood, 1973), Les Aventures de Bernard et Bianca (The Rescuers, 1977), Peter et Elliott le dragon (Pete's Dragon, 1977), Les Aventures de Winnie l'ourson (The Many Adventures of Winnie the Pooh, 1977) et enfin Rox et Rouky (The Fox and the Hound, 1981), sur lequel il travaille avec deux autres jeunes animateurs talentueux qui feront parler d'eux: Tim Burton et John Lasseter. Cependant, la nouvelle direction artistique du studio commence à lui déplaîre fortement. Dans les studios, il fait la rencontre de deux autres animateurs: Gary Goldman et John Pomeroy. Le trio souhaite retrouver l'esthétique des vieux classiques Disney qui ne sont alors plus à l'ordre du jour. Pour renouer avec cet état d'esprit, ils décident de fonder leur propre studio d'animation, Don Bluth Productions. Enfin... dans un premier temps, le studio se limite au garage de Don Bluth, et leur temps de travail ne se fait que parallèllement avec celui qu'ils effectuent déjà dans les studios Disney. A partir de 1975, ils enchainent les week-ends et les nuits blanches pour faire un court-métrage de 30 minutes: Banjo (Banjo, the Woodpile Cat). L'histoire se base avec certains éléments autobiographiques de Don Bluth, ainsi nous retrouvons un jeune chat rebelle qui décide de fuguer de la ferme de ses propriétaires, situé dans l'Utah (Etat où Don bluth passa une partie de son enfance) pour la ville de Salt Lake City (ville-siège des mormons) pour découvir le monde urbain. Le court-métrage sort en 1979 et il se fait remarquer en obtenant de nombreuses récompenses, notamment le Prix d'excellence du National Advisory Board.

Fort de ce succès, il décide qu'il est temps de s'émanciper. Le 20 novembre 1979, les trois compères font un gros coup d'éclat en claquant violemment la porte de la firme du grand Mickey et en emmenant plusieurs de leurs collègues avec eux. Ce geste causera de grands torts aux Studios Disney qui, déjà en pleine crise, sont obligés de retarder la sortie de Rox et Rouky suite à cette désertion massive orchestrée par Don Bluth. La guerre est déclarée.

 

Dès son premier long-métrage, il prouve que son style n'est pas un simple ersatz de Disney. affiche-brisby.jpgAvec Brisby et le secret de Nimh (The Secret of NIMH), basé sur le livre pour enfants Rats of NIMH de Robert C. O'Brien, il impose un trait rude et une mise en scène énergique et survoltée, ce qui deviendra une constante dans sa filmographie. Il s'éloigne aussi considérablement des standards Disney par les propos macabres et sombres qu'il propose aux jeunes spectateurs, n'hésitant pas à sacrifier plusieurs personnages par des morts violentes ou faire des allusions explicites sur le sort reservé aux animaux dans les laboratoires. Brisby impressionne par sa richesse visuelle, fournissant d'innombrables décors et personnages finement détaillés et travaillés, mais aussi par ses scènes oppressantes et mystiques.

 

Bien que salué par la critique, le film de Don Bluth n'attire pas l'attention du public. Lors de sa sortie en 1982, le film subit un échec commercial cuisant, conduisant « Don Bluth Productions » au bord de la faillite. Faute de ressources financières, Bluth est obligé d'abandonner son projet d'adaptation du conte norvégien A l'est du soleil et à l'ouest de la lune.

 

Cet échec ne l'abat pas pour autant, puisqu'en 1983 il relance, avec ses camarades Pomeroy et Goldman, la Group Bluth, dont l'ambition majeure est d'allier l'animation au jeu-vidéo via une collaboration avec l'équipe de Rick Dyer, de la société « Advanced Microcomputer Systems ». dragon' lairDe l'œuvre de Don Bluth, les geeks citeront sans hésiter deux jeux d'arcade cultes: Dragon's Lair (1983), jeu sorti dans un premier temps en Laserdisc, puis transposé sur plusieurs autres plateformes - un mélange entre le dessin animé et le jeu interactif, suivant les péripéties d'un chevalier débonnaire, Dirk, parti dans un donjon pour sauver la princesse Daphné de terribles créatures comme le roi lezard, les giddy goons ou encore un terrible dragon.. Il s'agit du premier jeu d'arcade à utiliser exclusivement des séquences créées par un studio d'animation. Le concept du jeu ressemble aux livres dont vous êtes le héros. Le joueur influe sur le déroulement du dessin animé en bougeant le joystick de gauche à droite.

Le même principe sera repris l'année suivante avec un autre jeu Space Ace, à l'exception que le joueur quitte l'univers fantasy pour la S-F. Toutefois, les bornes d'arcades deviennent des gouffres financiers pour les investisseurs, et le studio de Don Bluth se retrouve à nouveau sans ressources. Il est obligé de déposer le bilan le 1er mars 1985.

Son sauveur apparaîtra sous le nom de Morris Sullivan, un homme d'affaires qui, impressionné par le potentiel de cet équipe, propose au trio de choc (Bluth, Pomeroy et Goldman) d'ouvrir et d'installer un nouveau studio d'animation à Dublin (Irlande), Sullivan Bluth Studios. Morris Sullivan propose ensuite un contrat avec un certain Steven Spielberg. Don Bluth commence enfin à recevoir la consécration tant attendue: un succès commercial ! Le coup de pouce de Spielberg mènera le studio vers la création d'un petit personnage qui deviendra un des héros de l'animation le plus rentable des années 1980-90: Fievel !

 

Fievel et le nouveau monde (An American Tail) sort en 1986 dans les salles. Le film est un énorme succès critique et commercial. Don Bluth devient enfin une légende de l'animation à part entière. C'est la consécration.

Fievel et le nouveau monde narre les mésaventures d'une famille de souris qui, après avoir fui la persécution menée par les chats dans leur Russie natale, tente leur chance aux Etats-Unis. Fievel est accidentellement éjecté hors du bateau qui les mène vers leur nouveau foyer. Il va dès lors devoir se débrouiller tout seul dans cette nouvelle contrée pour retrouver sa famille.

Outre le divertissement grand public que constitue cette nouvelle oeuvre, Don Bluth utilise ici l'anthropomorphie comme effet de distanciation pour associer cette histoire fictionnelle avec une réalité historique, celle de la persécution antisémite russe qui obligea des millions de juifs à quitter leur foyer. Don Bluth, tout comme Steven Spielberg, ont en effet ce point en commun d'avoir eu des membres de leur famille ayant émigré aux Etats-Unis durant cette période noire. Il est donc évident de retrouver dans l'histoire de Fievel et le nouveau monde une transposition en animation de cette sombre période.

L'œuvre suivante sera moins pris à parti que Fievel, mais constituera un autre grand succès du studio: Le Petit Dinosaure et la vallée des merveilles (The Land Before Time).

 

petit-dinosaure.jpg

 

Don Bluth délivre ici un film sublime autour d'une quête iniatique sur l'amitié et l'entraide, mais il est reconnu aussi par de nombreux fans comme son œuvre la plus sombre et la plus dépressive. Le film fut d'ailleurs amputé de 20 minutes pour éviter de traumatiser les petits enfants, au grand dam de Don Bluth qui souhaitait préserver l'aspect originel de son film. Cela n'empêchera pas de réaliser son film le plus accompli sur le fond et la forme, permettant au spectateur de découvrir une magnifique histoire mélancolique et mature, soulignée par une esthétique proche de l'ancienne école Disney et une bande sonore magistrale.

 

 

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all-dogs.jpgDon Bluth continue d'innover avec Charlie (All Dogs Go to Heaven, 1989). A la différence d'un Disney, il fait de son personnage principal un héros amoral. Ce "héros" n'est pas un ange, c'est un chien roublard, voleur et escroc qui n'hésite pas à utiliser une orpheline pour son propre profit. Le méchant Carcasse est un criminel sans pitié et un fumeur invétéré, assassinant froidement ses ennemis. Le film aborde encore des sujets radicaux pour le jeune public: on n'hésite pas à souligner la thématique de la mort, mais aussi à traiter des thèmes religieux tels que le pêché originel et la rédemption, autour de monstres effroyables, de dialogues sans concessions et de jolies chansons accrocheuses.

 

 

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Toutefois, Don Bluth ne parvient plus à faire face à Disney qui, en pleine renaissance, commence à sortir des musts comme La Petite Sirène, La Belle et la Bête, Aladdin ou encore le Roi Lion. Charlie sera un échec commercial, comme le sera ses films suivants Rock-O-Rico (Rock-a-doodle), Poucelina (Thumbelina), Le Lutin magique (A Troll in Central Park) et Youbi le petit pingouin (The Pebble and the Penguin). Les Films « Don Bluth » deviennent des débâcles financières et des regrettables échecs artistiques. Ils ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes. Celui qui jadis avait osé se rebeller contre le grand Mickey et qui lui avait royalement damer le pion dans les années 1980, fut en un rien de temps remisé au placard d'un revers de la main.

 

Il ne renouera avec le succès qu'en 1997 avec Anastasia.

Sur un budget estimé à 50 millions anastasia.jpgde dollars, il rapporta quasiment trois fois plus au box-office mondial. Anastasia fut nominé à de nombreuses cérémonies, y compris aux Oscars. Le film marque la première collaboration de Don Bluth avec la 20th Century Fox et son département « animation ». Le succès d'Anastasia le poussera à réaliser un spin-off autour d'un des personnages du dessin animé, Bartok. Emportés par ces succès, les studios de la Fox propose à Don Bluth de réaliser le plus « grand space opéra de l'animation »: Titan A.E. En l'an 3028, l'humanité fait une découverte capitale dans le domaine de la terraformation ; ce projet est baptisé "Titan", et ouvre de nouvelles possibilités extraordinaires. Mais une race de créatures extraterrestres, les Drej, y voient une menace pour leur suprématie, et en réponse, attaquent et détruisent la Terre, ne laissant qu'une poignée d'humains condamnés à errer dans le cosmos.

Le film s'adresse à un public plus adulte, désireux de s'ouvrir à un film d'animation basé sur de la vraie science-fiction, avec un univers riche et intriguant.

Malheureusement, le public va injustement ignorer le film à sa sortie. Il ne rapportera que 50% du budget investi, conduisant dès lors la compagnie à fermer définitivement son studio d'animation traditionnel. Il devient aussi l'ultime film réalisé par Don Bluth et Gary Goldman, qui n'ont plus réalisé d'autres films d'animation depuis lors. Après avoir tenté vainement de trouver un financement pour un long-métrage basé sur le jeu Dragon's Lair et réalisé l'animation du clip « Mary » du groupe Scissor Sisters en 2004, Don Bluth a peu à peu abandonné la réalisation pour se consacrer à la rédaction d'une série de livres sur l'animation - The Art of Storyboard (2004) et The Art of Animation Drawing (2005) – et au lancement d'un site Internet (DonBluthAnimation.com), axé sur l'initiation au dessin-animé. Enfin, il dirige actuellement un théâtre en Arizona, le “Don Bluth Front Row Theatre”

 

Epuisé par les revers financiers, Don Bluth a finalement disparu des yeux du grand public. Seuls quelques nostalgiques semblent encore se souvenir des claques visuelles que représentaient Fievel, Le Petit Dinosaure, Brisby et Charlie... et ceci est fort regrettable. L'animation ne se résume pas à Walt Disney ou Hayao Miyazaki, l'animation n'est pas seulement une affaire de « films pour enfant ». Le genre ne doit pas être mis au ban et un homme talentueux comme Don Bluth ne devrait pas être sous-estimé. Le Kamikaze vous recommande dès lors à (re)voir ses films. Faîtes-les découvrir à vos proches, à vos enfants. Ils n'attendent qu'à être (re)vus.

 

 

Lef Dur

 


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Published by Le Kamikaze de l'écran - dans Cinéma
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François 21/11/2015 15:33

bravo pour l'article ..

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