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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 22:00

Quand je suis tombé par hasard sur Dead Man Talking, j'ai pensé à un film américain. Ou du moins à un film d'action moyen au vu du titre. Je lis le synopsis, l'idée du scénario me plaît. Je regarde les têtes d'afiches. Hum... François Berléand, Virginie Efira !? Ah non, il s'agit d'un film dramatique franco-belge-luxembourgeois. Au temps pour moi. Trop tard, la curiosité m'emporte, je fonce le regarder.

 

20H00. Une prison quelque part. William Lamers est condamné à mort. La loi ne précisant pas la longueur de sa dernière déclaration, il va profiter de ce vide juridique pour dérouler le fil de sa vie afin d'échapper à la sentence. Son exécution qui ne devait être qu'une formalité va alors devenir le plus incroyable des enjeux politique et médiatique.

 

 

 

 

La référence est évidente: Shéhérazade que raconte des histoires durant 1001 nuits pour sauver sa peau. William Lamers, lui, raconte sa vie juste avant de mourir. Mais est-ce pour échapper à la mort ? La question se pose: bien qu'il abuse malgré lui de la faille juridique qui lui permet de prolonger sa vie ne serait-ce que pour quelques heures, voire plusieurs jours, ou carrément à l'infini, le fait-il vraiment pour échapper à la mort ?

Nous ne savons pas grand chose de ce personnage, si ce n'est qu'il ne renie pas ses actions aussi horribles et misérables soit-elles. Et que personne ne le regrettera. A aucun moment du film on ne nous renvoie une image de victime, son statut de coupable est posé et assumé du début jusqu'à la fin; l'homme lui-même ne remet pas en question sa sentence, s'il mérite ou non sa peine de mort. Alors pourquoi parler et remettre à plus tard sa mort ? Qui souhaiterait prolonger la vie d'un condamné à mort, c'est un homme qui relate de sa vie, son enfance, une mère violente, un grand frère brutalement décédé, un père absent, un premier amour décevant. Ne croyez pas, nous ne baignons pas dans le drame shakespearien ! Au contraire, l'histoire est suffisamment bien racontée pour qu'elle puisse nous toucher, et nous faire comprendre brièvement comment cet homme en est arrivé là, avec une aiguille plantée dans le bras.

 

dead-man-talking-1.jpg

 

Alors d'accord, c'est un peu facile: le monsieur a eu une enfance malheureuse, donc il a mal tourné... ça se discute. Mais ce n'est pas là où nous devons nous concentrer. Si on se penche sur l'humanité de William, le film démontre aussi l'absurdité du gouvernement, qui va profiter de la situation. Entendant cette histoire qui fait la une des médias, il décide de l'utiliser à son profit, de filmer en direct avec la promesse de rétablir ce vide juridique. Parce que "merde, faut appliquer la loi à un moment donné, faut pas déconner". Un enjeu médiatique et politique très fort, hélas peu exploité dans le film. On a bien compris que le gouverneur était con comme ses pieds (s'en est même grossier, tant la caricature est surfaite), qu'il n'en a rien à secouer du sort du condamné à mort, et que seul le résultat des élections compte. Bref: le gouvernement est bête et méchant, seul le pouvoir l'intéresse. Bon... ça c'est fait. Ensuite ?

 

dead-man-talking-2.jpg

Jean-Luc Couchard dans le rôle du stupide gouverneur Stieg Brodeck, Olivier Leborgne incarne Robert Gayland, le porte-parole (chien-chien) du gouverneur et Virginie Efira est Elisabeth Lacroix, secrétaire froide et calculatrice du gouverneur.

 

 

Ensuite il y a l'aspect télé-réalité, peu exploité, à une époque où tout se prête à être filmé, puis montré. Quant à l'aspect médiatique: hop, une petite dizaine de journalistes dans une scène, et zou... c'est dans la boîte. Dommage, le spectateur devinera à peine l'opinion du peuple tant nous sommes plongé dans les "coulisses". Des axes trop peu exploités, un peu disparates, et pourtant suffisants pour que nous comprenions l'absurdité du scénario: William est presque montré comme un appât. Tout, ou presque, autour de lui est absurde; seul le condamné à mort est conscient de la situation. Il ne fait pas semblant, chacun à sa place. Et quelques instants marquants dans sa vie est devenu un phénomène de foire.

La morale est un peu facile: qui est le plus humain dans le film ?

 

dead-man-talking-3.jpg

Un homme de loi qui se confie à l'homme qui aurait du mourir depuis un bail, ça fait un peu désordre.

 

Le sujet est toujours intéressant à soulever. On sait qu'aux Etats-Unis, le débat fait rage et on oublie qu'en France son abolition a été votée en 1981... Et qu'elle a perduré en Belgique jusqu'en 1996 ! Libre à nous de juger ce que bon nous semble, mais posons-nous la question sur ses limites. Peut-on "utiliser" la vie d'un homme pour un enjeu politique, est-il décent d'en faire un programme de télé-réalité ? Ce dernier principe a été relaté dans le film américain Live ! signé en 2007 par Bill Guttentag (un film moyen en passant, malgré le scénario prometteur), où le jeu de la roulette russe est repris dans une émission de télé-réalité. Je pense aussi à La Vie de David Gale d'Alan Parker sorti en 2003 où Kevin Spacey manipule les pièces du puzzle... afin de prouver aux politiciens que tous les condamnés à mort ne sont pas forcément coupables. Par ailleurs, le titre fait référence au film de Tim Robbins en 1995 Dead Man Walking qui traite également de la peine de mort.

Où se situe donc la frontière entre la manipulation indécente et application de la justice ? Une question difficile à répondre.

 

Le casting fonctionne plutôt bien, j'y ai même découvert (enfin ! ) Virginie Efira, bonne actrice et crédible dans le rôle de la secrétaire froide et calculatrice. Patrick Ridremont est excellent dans le rôle de William Lamers, il oscille entre le pauvre type paumé et un tueur de sang froid. Aucune sympathie à éprouver pour lui, pourtant on s'y attache pour la justesse de ses réflexions et sn histoire passée et présente. Un film plutôt bon... malheureusement pas un chef-d'œuvre puisque les pistes sont éparpillées et donc pas assez creusées. Nous aurions pu aller jusqu'au bout de l'indécence, des scènes dérangeantes, des réflexions plus poussées, mais le film relate un sujet délicat relativement peu soulevé en Europe, ce qui est déjà louable en soi.

 

 

Clémentine Samara

 


 


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Published by Le Kamikaze de l'écran - dans Cinéma
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