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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 13:55

 

Halloween approchait à vive allure. J'avais certes de la marge, mais j'ai toujours été de nature prévoyante et j'hésitais longuement entre le costume de Conan (grosse épée, pagne et bottes en peaux de bébés koalas) ou celui de Captain America (drapeau américain ambulant). Prenant mon courage à deux mains, je pris la décision de départager cela en allant voir les deux films qui venait tout juste de sortir au cinéma (17 août 2011).

La grande guerre des blockbusters de l'été venait de commencer et il y aura forcément un gagnant !

Mr Y. était bien sur à mes côtés pour affronter ce conflit qui s'annonçait... euh... épique (?)... nan ? bon bref !

A l'issue des deux projections, nous nous concertons. Qu'est-ce qu'on peut retenir ?

Les deux films ont deux points communs !

  1. Les héros arrivent à emballer la gonzesse qui figure sur leur affiche respective. Tous les grands héros se sentent surement frustrés de ne pas se taper la fille n°1 de l'aventure. Mais, ils ont assez de classe et d'amour-propre pour la larguer à l'issue de tout le bordel (« Désolé Jane, notre amouuuur est impossible. Je suis un héros solitaire et vous... ben... vous êtes une potiche »). Bon, ça on s'en fout. C'est pas forcément le plus important.

  2. Il s'agit de deux adaptations et on peut leur reconnaître une certaine fidélité par rapport aux œuvres originelles. Malheureusement, cette fidélité réussi mieux à un film qu'à un autre.

 

 

CONAN (« CROOOM ! CROOOM ! »)

 

conan-2011-affiche-film.jpg

 

 

Prenons le cas de notre héros barbare: ici, on oublie le kitch du film de John Milius pour accorder plus de respect à l'œuvre de Robert E. Howard, c'est-à-dire un héros moins décérébré, moins blond et moins autrichien, évoluant dans un univers empreint d'un pessimisme profond. On respecte même l'intrigue type des « Conan ». Bon, ces intrigues sont très simplistes, mais, l'univers de Conan veut ça. C'est un « Conan », quoi !

Il y a un méchant mi-guerrier mi-sorcier occulte qui copie sur les plans clichesques d'un Sauron et qui veut étendre son mode de vie aux autres (c'est-à-dire « destruction et mort ». T'attends pas à une invasion de bisounours, hein), préférant régner sur un monde en bordel (je cite le vilain du film: « régner sur un monde de sang »... c'est tellement peu pratique, mais le programme politique a le mérite d'être sans langue de bois), il y a aussi la vierge sexy à sauver (qui se met à chaque fois dans des situations pas possibles) et de la découpe de faux-filet sanguinolent (ahahahahahah... hum... excusez-moi). Au passage, Conan continue sa vie de barbare: picoler, manger salement et libérer des esclaves sans aucune récompense en retour car c'est bien connu, Conan fait seulement ça pour la gloire et les gonzesses (son dieu et ses ancêtres sont aussi une option). Bref, c'est tout le plaisir d'un « vrai » Conan, mec !

Mais, ce genre de trame narrative un peu trop classique ne fait plus trop rêver. Le film aurait pu s'en sortir, mais l'ensemble est trop malmené pour éviter au spectateur de tomber dans un nuage soporifique. Le film avait pourtant bien commencé: une photographie dépeignant bien un univers rongé par l'insanité, la griserie et l'horreur (aaah, l'âge hyborien !), une mise en scène agressive et efficace. C'est à partir du moment où Conan devient adulte que l'ensemble ne devient seulement qu'un simple épisode de la série « Hercule » avec de plus gros moyens financiers. Le film, déjà alourdit par des faux raccords grossiers et douteux, s'enfonce dans une série de scènes inutiles et/ou risibles.

Exemple: Conan ? Mon p'tit gars ? pourquoi faire des bornes pour aller chercher un ami voleur alors qu'une prêtresse attend de toute urgence d'être sauver. Tu te tapes un détour inutile et tu laisses une chance à tes ennemis de déployer leur plan démoniaque. Il faut dire que les ennemis ne semblent pas pressés non plus de devenir les maîtres du monde parce qu'ils laissent un temps considérable à Conan pour aller chercher des alliés (« Mais, on attend quoi chef ? On dirait que Conan met un p'tit temps à ne pas revenir. On pourrait en profiter. Il sera pas dans nos pattes pour le grand sacrifice»  « -Nan, je préfère l'attendre et me prendre une dérouillée. J'aime m'imposer des défis »). On va admettre que la situation peut être validée. La forteresse de l'ennemi est réputée comme « impénétrable ». L'adresse d'un bon voleur peut sans doute servir au plan de Conan pour libérer la belle. Mais, qu'en est-il ? le "voleur" (à l'adresse d'un mollusque. « Roi des voleurs » ? mon œil !) explique que personne ne peut entrer dans ce donjon, mais... il a les clés du donjon !?!? (c'est sans doute le concierge. Va savoir... ou alors n'importe quel plouc peut se balader avec les clés de la baraque du grand seigneur noir). On souligne donc un peu plus l'inutilité de ce personnage agaçant car Conan aurait pu lui piquer ses clés et basta. Il n'est n'en rien. Après cela, on se tape une scène de combats d'une dizaine de minutes. Tout ça pour quoi ? Rien ! Il remarque qu'ils arrivent trop tard. Les méchants sont déjà partis. Retour à la case départ. Résumé de la situation: Conan:« oh zut, on arrive en retard. Je comprend pas pourquoi ? » voleur-mollusque: « ouais, bon moi j'y vais » Conan: « OK, à plus mec ». Cher spectateur, c'est ce qu'on appelle du « remplissage ». Quelque chose qui ne fait pas avancer le récit, qui ne sert à rien, mais qui est tout de même là pour faire joli. Tu aimes ça ? Tu en as les ¾ du film.

Après, je fais mon vilain, mais il y a des moments nanardesques très amusants: des détails incohérents (le cheval de Conan qui apparaît quand ce dernier en a toujours besoin,...) et des scènes invraisemblables comme celle de l'ouverture. « Conan est né sur un champ de bataille ». Alors qu'elle est enceinte, sa mère est blessée mortellement d'un coup d'épée. Le père de Conan (Ron Perlman) pratique sur sa femme une césarienne, à la dague et sans anesthésie, en ne regardant QUE les yeux de la pauvre (!!!) et réussit a extirper le petit Conan en quelques secondes alors que la mère sourcille à peine et réussit à sourire avant de clamser. Sage-femme ! Tu peux retourner à tes bouquins, moi j'engage un guerrier cimmérien. Il te fait ça en deux minutes, les yeux bandés.

 

 

 

CAPTAIN AMERICA

 

captain-america-the-first-avenger-13221-1865003823.jpg

 

 

 

L'adaptation de Captain Ricain, c'est tout l'inverse de celle du barbare.

Cap est un personnage totalement cliché, au-delà du réel, l'un des premiers héros de comics et surement le plus ringard quand on regarde ses premières aventures signées par Joe Simon et Jack Kirby. Comment adapter un comics aussi démodé en un film fun, sans que ce soit trop à côté de la plaque pour notre temps ? C'est simple: on fait évoluer le film dans le temps et on joue avec l'aspect kitsch. Ici, il porte fièrement les couleurs du drapeau Outre-Atlantique ; il est un soldat engagé, dévoué et parfait (un brin agaçant pour les autres hommes, quoi) ; il combat des nazis et représente ainsi un rempart contre le Mal, en pleine Seconde Guerre mondiale. A l'époque actuelle, il faut admettre qu'adapter un tel personnage relève de l'audace, tant les anti-héros se succèdent à la pelle - effet de mode oblige. Mais, le pari est réussi. L'action est situé dans les années 1940. On ne choisit pas le camp du patriotisme, mais de l'auto-dérision, se moquant de la naïveté américaine, de l'exploitation des icônes pour les efforts de propagande.

Tous les films de la saga Avengers ont une patte évidente et finalement assez surprenante. Faire appel à Joe Johnston pour réaliser Captain America, c’était s’assurer que les origines de l’univers Marvel colleraient à une tradition pulp de bonne facture et bien polie (mention spéciale à la photographie). On connait les attentions de Joe Johnston, amoureux des films old school, nanars et consorts de son enfance. Situé dans les années 1940, on ressent dans ce film cette ambiance à l'image des vieux serials du golden age, ses petites aventures de science-fiction remplis de gadgets et d'engins invraisemblables et de situations incongrues. Cette aventure rappelle aussi le kitch des premiers comics du héros à la bannière étoilée sous "Timely Comics" (anciennement Marvel): des personnages très exotiques aux situations WTF.

captain_hitler.jpg

Captain America, figure de la propagande US, est utilisé ici pour "l'effort de guerre"

- Tu vois mon p'tit Billy. Captain America peut arrêter cette guerre à lui tout seul !

-euh...ben, pourquoi vous l'envoyer pas au lieu d'envoyer plein de soldats ?

- (silence)

- (silence)

- La guerre est une chose sérieuse, mon p'tit Billy. Tu peux pas comprendre...

 

 

Une question se pose tout de même: le public ne connaissant pas ses délires accrochera-t-il aux délires nanardesques du film ?

C'est gros comme des maisons: un afro-américain sachant parler l'allemand (c'est bien connu ! La discrimination n'a jamais existé dans les années 1940 et toutes les personnes de couleur avaient le droit à une éducation similaire aux blancs et d'apprendre les langues étrangères. Et comment se fait-il que c'est un prisonnier de guerre ? Les noirs n'avaient même pas le droit de combattre sous le drapeau américain. On leur attribuait les tâches ménagères. Ça m'étonnerait fort qu'un cuistot part guerroyer sous le feu de l'ennemi), des soldats sachant utiliser un char high-tech et hors du commun en moins de deux minutes en tapant au hasard sur des boutons, un super-méchant arborant un masque de latex très moche et à l'accent allemand fort prononcé (l'allemand étant la première langue parlée pour devenir un super-vilain), tous ces gadgets et ces technologies qu'on est même pas encore foutu d'inventer à notre époque, l'équipe de Cap qui s'assure que le quota d'intégration soit respecté (un black, un chinois, un latino, un écossais alcoolique,...). Il faut dire que Marvel est expert dans ce domaine. Dans Thor, ils ont bien été capable de foutre un black et un chinois à Asgard, le domaine des dieux scandinaves, prouvant ainsi que les vikings étaient des personnes très tolérantes. Cela aussi, c'est bien connu.

Vous n'aimez pas le second degré et les délires cinéphiliques, donc gare à vous. Joe Johnston mélange ici les genres - action, aventure, guerre - et nous livre un cocktail très efficace. Il n'est pas question ici de réinventer le comic et ses archétypes mais de le détourner, de jouer sur le décalage entre une ambition de blockbuster et cette dimension assumée de cinoche à l'ancienne dont le réalisateur tire le meilleur parti - timing parfait, ironie mordante. Tout le monde se marre.

Autre qualité du film: Déjà tracé par les Iron Man, L'incroyable Hulk et Thor, Captain America prépare correctement le terrain pour la rencontre ultime entre les quatre héros: The Avengers (sortie prévue en 2012).

 

 

P.S.: nous n'avons même pas pu profité pleinement des deux films car la 3D est un lourd handicap à supporter. Tu as déjà essayer de bouffer quatre heures de film avec ces putains de lunettes ??? tu finis par vomir des yeux (si, si... je t'jure. C'est devenu physiquement possible). En plus de ne servir strictement à rien (la 3D ne se remarque même pas), elle a pourrit les images originelles des deux films (il réside toujours cette sensation de voir de nombreuses zones de flou sur l'écran. Au bout de deux heures de film, ça devient une véritable torture visuelle).

P'tit rappel: dans les années 1950, on utilisait cette technologie sur de nombreux films de science-fiction à petit budget (Tarantula et cie). Par le biais de la 3D, les producteurs privilégiaient le côté "sensationnel" pour compenser les faiblesses scénaristiques d'un gros nanar. Il semble que l'utilisation fait à notre époque est toujours la même. Au bout de 50 ans, on prend toujours le public pour des chèvres. Le monde est merveilleux.

 

Résultat des courses: malgré mon faible pour Captain America, je ne le choisirais pas comme costume de Halloween. J'ai flashé sur un autre !

 

wonder-woman.jpg

WONDER WOMAN !!!

 

 

Pendant ce temps, dans le monde merveilleux d'Allociné, Julien Lebreton explique que Captain America est "une grosse merde. N'y allez pas! Trop de clichés, 3D quasi inexistante, histoire bancale,... Nul !!!", alors que Baptiste S. Piriou trouve que Conan  "est du pure barbarisme! Il faut aimer et quand on aime c'est juste génial! Je le RECOMMANDE! Jason Momoa est très convainquant, et Rose McGowan en Marique est juste unique! Glamour, sensuelle, cruelle et puissante! A voir! "

 

 

LEF DUR

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Published by Le Kamikaze de l'écran - dans Cinéma
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