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10 novembre 2018 6 10 /11 /novembre /2018 14:07

Les films qui traitent de la Première Guerre mondiale sont peu nombreux, et les bons films encore moins... oh, on peut citer évidemment Johnny s'en va t-en guerre (1971) de Dalton Trumbo, les Sentiers de la gloire (1957), de Stanley Kubrick, film qui, à sa sortie, fut censuré en France pour avoir traiter des soldats fusillés pour l'exemple. Il y a l'excellent Capitaine Conan (1996) de Bertrand Tavernier qui évoque le front de l'est, mais aussi la Chambre des officiers (2001), de François Dupeyron, et l'optimiste Joyeux Noël (2005) de Christian Carion. Toutefois, Un long dimanche de fiançailles est celui qui est le plus souvent cité en qualité d'exemple. Le réalisateur, Jean-Pierre Jeunet, a autant d'admirateurs que de détracteurs. On peut lui reprocher sa niaiserie et sa vision de la France façon « carte postale ». Mais il faut avouer qu'Un long dimanche de fiançailles a de la gueule. Le spectateur traverse de magnifiques diaporamas sépia où se mêlent des instants de poésie visuelle et la noirceur d'un récit qui n'est pas sans rappeler les BD de Tardi sur ce même conflit (C'était la guerre des tranchées, Putain de guerre !,...). L'œuvre retranscrit au mieux l'absurdité d'une guerre qui a massacrée une génération entière et le devoir de mémoire est intact. Mais, son aspect historique est-il aussi travaillé que le reste ?

Evidemment, cette rubrique est fait avec beaucoup de mauvaise foi. Ici, nous ne reprochons pas les différences historiques du film, nous cherchons juste à démêler le vrai du faux. Et ça sera ainsi avec les articles « Histoire vs. Cinéma ».

 

Synopsis : Dans les tranchées de la Somme, pendant la Première Guerre mondiale, cinq soldats français sont accusés de s’être auto-mutilés pour échapper à leur devoir. Condamnés à mort par une cour martiale, ils sont conduits jusqu’à un avant-poste nommé « Bingo crépuscule » et abandonnés à leur sort dans le no man's land qui sépare les deux camps. Parmi eux figure Manech, le fiancé de l’héroïne du film, une jeune romantique prénommée Mathilde qui ne croit pas à la mort de son amoureux. S’il était mort, elle le saurait. Forte de cette intuition, elle mène son enquête et recueille peu à peu les indices qui vont l’amener à découvrir ce qui s’est passé ce jour-là à « Bingo crépuscule ». Utilisant des superstitions, elle est amenée à souffler sur la poussière qui voile cette affaire sombre et mystérieuse. Mathilde rencontre un détective privé, M. Pire, qui l'aide dans ses recherches.

 

Outre les nombreuses incohérences scénaristiques (et il y en a énormément), les erreurs historiques se comptent par paquet de dix.

Commençons notre rubrique par l'armement et les techniques de combat:

Dans une des séquences du film, nous pouvons voir les « poilus » de Bingo Crépuscule qui effectuent une charge avec la « baïonnette au canon » vers les lignes ennemies, sans une préparation du terrain par l'artillerie. L'offensive à outrance fut longtemps employée par l'armée française. Dès la révolution française, des hommes comme Saint-Just, mettent en avant cette doctrine pour les opérations militaires. Le but est simple : charger le camp adverse pour en venir directement aux mains, se jouant de sa propre vie et misant sur son courage pour contrer le feu de l'ennemi. Les charges sont soutenues par une artillerie minime. L'offensive à outrance est certes très romantique sur le papier. Mais le résultat fut dans la majorité des cas... très décevant. Les quelques victoires s'emportaient sur un tas de cadavres. Il suffit de dénombrer les morts des guerres napoléoniennes. Et ce n'était pas la défaite de 1870 qui allait faire démordre les officiers fanatiques vouant un culte à la « poussée en avant ». En 1914, l'armée française employa encore cette méthode, en oubliant les progrès faits dans l'armement. Mais dès les premiers mois de la guerre, les pertes furent très élevées. Elle coûtera la vie d’environ 26 000 Français pour la seule journée du 22 août 1914. Durant cette journée, 11 900 Français perdirent la vie durant la bataille de Rossignol. Face à ce désastre, on opta alors pour la « guerre de positions » : attaquer d'un point fortifié à un autre. Par conséquent, les charges telles qu'elles sont montrées dans le film sont obsolètes. En 1917, les assauts ont évolués (ce qui n'empêcha pas les massacres de Verdun, de la Somme ou du Chemin des Dames).

 

Rappelons ceci : l'action se déroule en janvier 1917, mais le char Renault FT17 apparaît lors d'une séquence d'attaque. Le problème est que ce type de char n'était pas encore en service. Il effectuera son baptême du feu durant la seconde bataille de la Marne le 31 mai 1918. Il en est de même avec l'avion qui mitraille Manech. Lors de cette séquence, le personnage de Célestin Poux (incarné par Albert Dupontel) explique que le mitrailleur était placé derrière le pilote, en rajoutant au passage que le tir à travers l'hélice n'existait pas encore. Faux ! Le procédé est opérationnel dès le début de l'année 1915. l'aviateur Roland Garros (et non, je suis désolé de vous apprendre qu'il ne s'agit pas d'un tennisman), avec son ami Raymond Saulnier mettent au point le premier monoplace armé d'une mitrailleuse tirant à travers le champ de rotation de l'hélice. Idem pour le type d'avion : un « Albatros ». Cet avion allemand ne sera mis en service qu'en juillet 1917, soit 6 mois après les événements du film.

 

Roland Garros (1888-1918)

 

Hormis l'armement, le film continue sur les anachronismes et les inexactitudes historiques : celui du syndicaliste « Six-sous » qui chante « la Chanson de Craonne » qui sera composée en fait plusieurs mois plus tard, après la désastreuse offensive du « Chemin des Dames » en avril 1917. Chanson à caractère antimilitariste, elle est toujours considérée comme l'hymne des mutins de 1917.

L'exécution de Tina Lombardi par guillotine pose ici problème. Depuis 1893, on ne guillotinait plus les femmes. Elles étaient régulièrement graciées. Ceci fut remit en cause sous la France de Vichy et ce jusqu'en 1949 avec l'exécution de Germaine Leloy, dernière femme exécutée en France.

L'âge de Manech est tout aussi problématique. La première scène se passe le 6 janvier 1917. Il y est dit à propos de Manech qu'il lui manquait cinq mois pour avoir 20 ans. On peut en conclure qu'il est né vers le mois de juin 1897. Mathilde est né en 1900. On apprend ensuite qu'en juin 1909, Manech est plus vieux que Mathilde d'une année. Il serait donc né en 1899. Erreur de script ? Probablement. Dans tous les cas, Manech était trop jeune pour être envoyé au front en janvier 1917. La conscription des jeunes hommes était fait à l'âge de 20 ans. Etait-il volontaire ? Ou a-t'il tout simplement menti sur son âge pour être engagé ? Bon nombre de personnes ont menti sur leur identité pour servir dans l'armée. Nous pouvons citer l'exemple de Marie Marvingt qui sous le nom d'emprunt de Beaulieu, s'est déguisée en homme et a combattu comme 2e classe dans le 42e bataillon de chasseurs à pied, ou encore le jeune Désiré Bianco, embarqué clandestinement avec le 58eme regiment d'infanterie coloniale à destination du front des Dardanelles et mort au combat à l'âge de 13 ans. Pour ce qui est du personnage de Manech, on ne sait pas. Aucune information n'est donné sur son recrutement.

 

 

 

La plupart des soldats du film portent le même numéro de régiment au col, celui du 80eme régiment d'infanterie. Mais le 80eme régiment d'infanterie n'a pas combattu dans la Somme en 1917, mais à Verdun. Dans le film, les soldats proviennent de régions différentes. Ce n'est pas totalement faux. Lors de la mobilisation de 1914, les bureaux affectaient le plus souvent les hommes dans des régiments qui casernaient dans leur département de domicile. Ainsi, un homme du Nord avait plus de chances de combattre aux côtés de son cousin, oncle, frère ou voisin que d'un corse ou d'un breton. Mais en 1917, les pertes sont nombreuses dans les corps d'armées et les réaffectations étaient courantes.

 

Toutefois, le film n'est pas à rechigner. On peut lui reprocher le manque de documentation évident. Mais sa démarche demeure sincère. Un film à (re)voir.

 

Lef Dur

 

 

 

 

 

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