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29 avril 2018 7 29 /04 /avril /2018 18:20

 

Damien, Don Juan célibataire, se retrouve propulse dans une société matriarcale où il tombe amoureux d'Alexandra, femme puissante et croqueuse de jeunots. Pour lui plaire, Damien tente de décrypter les codes inverses de ce nouveau monde...

 

La note de Clémentine Samara :


A la base, je n'avais pas l'intention de vous faire part de mon ressenti à propos de ce film. J'en avais entendu parler, j'étais curieuse de voir le résultat. Ceci dit, le sujet est tellement facile, je craignais de voir une accumulation de clichés, de scènes convenues et un jeu d'acteur mitig... euh, minimaliste pardon. Peut-être parce que je suis une femme, parce que le sujet est d'actualité, parce qu'il y a des choses à dire sur l'égalité homme-femme, toujours est-il que je me retrouve   #posey dans mon canapé, je lance Netflix et hop c'est parti mon kiki.

 

J'ai peur... Est-ce que je ne risque pas de perdre une heure et demi de ma vie en regardant ce film ?


Conclusion ? J'ai envie de vous parler de ce film. Mieux : j'ai envie de le défendre. L'idée d'inverser les valeurs féminines/masculines n'est pas nouvelle, mais elle est assez peu maîtrisée au cinéma (J'en veux pour exemples Jacky au Royaume des filles de Riad Sattouf, qui s'emmêle les pinceaux dans son propos ou le très oubliable Si j'étais un homme d'Audrey Dana). Eléonore Pourriat avait déjà abordé le sujet en 2010 dans son court-métrage Majorité Opprimée qui avait fait parler de lui, peignant en quelques minutes un monde dans lequel les hommes étaient traités comme les femmes et inversement. Le héros était donc victime de harcèlement de rue, de sexisme, de violences, dans une société où ce rapport de forces inversé est la norme.
Petit métrage devient grand, et avec lui, un univers plus approfondi. Car, une des grandes forces du film subsiste en effet dans les détails les plus subtils de son univers : codes vestimentaires, comportements, publicités, noms de monuments, culture... Tout y passe ou presque. Dans cette dystopie, les femmes incarnent les valeurs « fortes » que nous accordons habituellement à la gente masculine : virilité, domination, force physique. Une femme de caractère ne sera pas traitée «d'hystérique», et si elle enchaîne les conquêtes, elle sera considérée comme une « séductrice ». A l'inverse, un homme devra faire face aux compliments douteux, à l'épilation quotidienne, porter des vêtements plus esthétiques que confortables, redoubler de vigilance lorsqu'il rentre seul le soir chez lui. Un homme incarne donc la douceur, la fragilité, la sensualité. Certaines scènes valent carrément le détour tant les codes sont détournés : accouchement, club de strip-tease, proposition de promotion canapé, scène de drague, cours de ballet classique... Difficile de décrire le film sans spoiler ! Cette inversion des codes est à double tranchant : ça passe ou ça casse. Ici, l'univers est suffisamment maîtrisé pour que l'absurde finisse par passer pour une forme de banalité.
Parlons un peu du personnage principal : Damien (incarné par un Vincent Elbaz très juste) est à l'origine un pur mâle dominant, qui procède ensuite à une évolution constante dans son attitude et ses réflexions, un peu par jeu au début puis par fatalité. On adopte littéralement son point de vue, et bien que l'on soit dans le domaine de la comédie légère, certaines scènes mettent presque mal à l'aise. En effet, lorsque l'on voit un homme traité comme une femme l'est de nos jours, il y a de quoi s'indigner.

 

Blanche Gardin, en mode gros bourrin misandre : « Hey, ça te dit de composter ton ticket de métro ce soir ? »

 

Je vous mentirais si je vous affirmais que le film évite tous les clichés : évidemment, il manque de nuance. Si Eléonore Pourriat a fait le choix de poser des personnes tranchés, on regrette de ne pas voir des femmes plus « masculistes », ou des hommes plus affirmés. On évite de justesse les caricatures. Le message de la réalisatrice est clair : on ne proclame pas ici la domination féminine, loin d'être idyllique dans cette version. Le scénario adopte seulement un point de vue différent sur le sexisme et permet à chacun de nous, hommes et femmes, de nous poser les bonnes questions quant aux progrès à venir.
En bref, un film réussi malgré ses petits défauts, des acteurs en accord avec l'esprit du scénario, qui tient la route jusqu'à la fin, loin d'être convenue comme je le craignais. Une comédie à la fois intelligente et absurde, sur fond d'histoire d'amour. Ça nous change des comédies à la vaudeville pouet-pouet trolilol qu'on nous rabâche à longueur d'année en France, et ça fait un bien fou !

 

La note de Lef Dur :


Quelque peu déçu par les productions cinématographiques récentes, je déserte de plus en plus les salles. Je pratique alors le binge-watching en pyjama pilou sur Netflix. Alors quand la plate-forme sort une comédie française comme Je ne suis pas un homme facile d'Eléonore Pourriat, je me dis: « mouais, vu la qualité actuelle de la comédie en France, autant y aller doucement... très doucement », et surtout une comédie française qui aborde des sujets sociaux, là... ouille... on sent venir les maladresses, l'humour bas de plafond et les messages peu reluisants. Et si c'est pour finir en PLS sur le tapis du salon, en se répétant sans cesse: «mais pourquoi !? », non... pas la peine de s'infliger ça. Mais Clémentine Samara vient vers moi et me recommande chaudement de la voir. Bon allez... go !
 

Et quelle agréable surprise. C'est presque rafraîchissant tellement c'est rare dans notre cinéma hexagonal.
Exit les grosses ficelles humoristiques lourdingues, place à une réalisation simple, mais subtile et loin de la caricature, parsemée de petites scènes qui, tout en restant dans le registre de la comédie et grâce au renversement homme-femme, mettent en lumière des problèmes graves et aident à mieux illustrer les inégalités entre les sexes. Ce renversement permet notamment au public masculin de s'imaginer un instant en tant que femme et prendre l'ampleur dramatique de certaines situations. Prenons pour exemple une scène où le fils du meilleur ami de Damien explique qu'il a subit une relation forcée avec une camarade de son lycée, quelques remarques lourdingues dans la rue quand Damien mange tranquillement un sandwich, le harcèlement moral et sexuel au travail, ect.
L'exercice est réussi, et notamment parce que même les petits détails sont là pour nous imprégner au mieux dans cette société matriarcale : des titres des romans aux affiches publicitaires, des programmes télévisés aux pratiques sportives. Idem pour les valeurs: aux femmes la force et la virilité, aux hommes la délicatesse et la fragilité. Damien découvre à travers cette société les travers de sa société d'origine, et notamment le fait qu'il est obligé dorénavant d'adopter des critères de beauté et de comportement pour mieux s'intégrer.
Autre aspect intéressant du film: l'uchronie. C'est fugace, au détour d'une scène d'amour où le personnage d'Alexandra (Marie-Sophie Ferdane) mentionne le point de départ historique de cette société matriarcale, et explique que durant la préhistoire, les femmes chassaient alors que les hommes étaient contraints de rester pour s'occuper des enfants. Et laisser une place à notre imagination pour apercevoir une histoire alternative à notre monde avec des « et si... ». Il y a comme un aspect « film de genre » à cette comédie qui n'est pas pour déplaire à un amateur de SF comme moi.
Ah... et puis l'interprétation des acteurs est parfaite ! Mention spéciale à Vincent Elbaz.
Petit point noir du film : ça manque un peu de nuance dans le propos. Dans ce monde, on ne voit que des femmes bourrins et misandres. Il y a un manque cruel de diversité dans les personnages. Dommage.
Mais ça ne retire pas le plaisir de voir une petite comédie française comme celle-ci relever un peu le triste niveau actuel. Et malheureusement, ça ne sortira pas dans les salles !
Entre nous, laissez les mauvaises langues de côté, et allez voir le film. Bisous du Kamikaze !

 

 

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